Historique

UN APERÇU DE LA RÉGION

Le Nunavik (« la terre où l’on s’installe », en Inuktitut) est la région 17 du réseau de la santé. Ce territoire correspond à la vaste région du Québec située au nord du 55e parallèle. Il couvre environ le tiers du Québec et est composé de 14 villages dispersés le long des côtes de la baie d’Hudson, du détroit d’Hudson et de la baie d’Ungava. L’isolement est marqué par le fait que le principal lien avec l’extérieur est aérien, car aucune route terrestre ne relie ces villages, ni entre eux et ni vers le sud. Plus de la moitié de la population du Nunavik est âgée de moins de 26 ans et 75 % des résidents n’ont pas atteint l’âge de 35 ans. Le taux de natalité de la région est l’un des plus élevés au Canada.

D’AUTREFOIS À AUJOURD’HUI

Il y a très longtemps, les premiers Inuits sont arrivés en Amérique. Ils ont marché de l’Asie jusqu’en Alaska, et certains jusqu’au Yukon, en passant par le détroit de Bering. Ils étaient à la recherche de nourriture. Si les Amérindiens qui étaient arrivés avant eux sont descendus vers le sud, les Inuits, par contre, sont restés au nord. Pendant plusieurs années, jusqu’au début du 20e siècle, les Inuits étaient nomades, c’est-à-dire qu’ils se déplaçaient sans arrêt, toujours à la recherche de nourriture. À cette époque, les Inuits n’auraient pu vivre sans les animaux qu’ils chassaient puisque ceux-ci leur procuraient nourriture, vêtements, habitation, outils, etc. Quelquefois, ils devaient se déplacer sur de grandes distances pour rejoindre les animaux désirés. Après tout, ils ne pouvaient se limiter à la chasse d’un seul type d’animal, car celui-ci n’aurait pu subvenir aux besoins de leur peuple dans un environnement pareil.

Dans cette partie du pays où il fait presque toujours froid, la neige est présente neuf mois par année. Comme il n’y a pas d’arbres dans le Nord, sauf Kuujjuarapik, Kuujjuaq et Kangiqsualujjuaq qui sont à la limite des arbres, les Inuits construisaient leurs maisons avec de la neige (igloo). Pendant les mois chauds, ils utilisaient la fourrure des caribous et des phoques pour fabriquer des tentes. Puisque les Inuits étaient nomades, ces tentes étaient faciles à transporter. Au cours de l’hiver, ils pouvaient toujours construire des igloos, peu importe l’endroit où ils se trouvaient. Lorsqu’ils se déplaçaient, les Inuits étaient souvent aidés par des chiens qui tiraient un traîneau (qamutiik) sur lequel on avait mis tout ce que la famille possédait et les enfants pouvaient s’y asseoir. Par contre, lorsqu’ il n’y avait pas de neige ou de glace, ce moyen de transport ne leur était d’aucune utilité. Pendant les mois chauds, les Inuits vivaient surtout sur la côte et ils pouvaient alors se déplacer en n’utilisant que des kayaks ou des umiaqs (petits bateaux). Ces embarcations étaient fabriquées à partir de peaux de phoques. Les vêtements étaient eux aussi fabriqués avec la fourrure et la peau des animaux. On utilisait surtout la fourrure des caribous, des phoques, des ours polaires, des renards, des loups, des chiens et des lièvres. Les Inuits n’avaient pas de fusils pour chasser ces animaux. Ils utilisaient plutôt des harpons, des arcs, des roches ou des pièges. Souvent, on tuait les animaux terrestres lorsque ceux-ci traversaient les lacs et les rivières à la nage ou après les avoir attirés vers des endroits où les Inuits se cachaient pour les attendre. Les animaux marins, par contre, étaient surtout chassés en kayak. On pouvait les attendre sur la banquise ou tout près des trous de respiration. Pour ce qui est de la pêche, les Inuits aiment beaucoup se rendre aux rivières à la fin du printemps et à la fin de l’été, car c’est à ce moment que les poissons se déplacent soit en direction de la mer (au printemps) ou soit en direction des lacs deux mois plus tard (en été). Ils attrapaient alors les poissons surtout avec un kakivak (harpon en forme de fourchette) après avoir construit des barrages de roches qui devaient diriger les poissons vers des endroits peu profonds où il était plus facile de les attraper. L’hiver, les Inuits pêchaient sur la glace en utilisant soit un kakivak aidé d’un appât, soit un simple hameçon fabriqué à partir d’un os de caribou.

Les Inuits savaient aussi s’amuser. Lorsqu’ils avaient assez de nourriture, ils se réunissaient dans une grande tente ou un grand igloo autour du qullik (lampe à l’huile) pour écouter des légendes racontées par les personnes âgées, pour chanter, pour jouer à des jeux (avec des os ou des tendons qui servaient de ficelles) ou pour fabriquer des outils ou des vêtements. La vie dans le Grand Nord n’a pas toujours été très facile. Les animaux n’étaient pas toujours abondants et les conditions de vie dans l’Arctique sont reconnues comme difficiles. Malgré tout, les Inuits se sont très bien adaptés. La preuve, c’est qu’ils sont aujourd’hui environ 2 millions à vivre dans le Grand Nord canadien, dont au Nunavik et ailleurs dans le monde (Pierre Philie et Michel Foucault, 1999). Au cours des dernières décennies, les Inuits ont dû s’adapter très rapidement au monde moderne qui leur est imposé. Aujourd’hui, même s’ils se sont tous sédentarisés, la pêche et la chasse continuent d’occuper une place importante dans leur vie. En dépit de cette transition qui n’est pas toujours facile et de tous les changements auxquels ils ont dû faire face, certaines traditions inuites se perpétuent au cœur même de la vie moderne. Parmi les traditions qui demeurent, vous trouverez le partage avec l’ensemble de la communauté des produits de la chasse et de la pêche ou encore les chants de gorge et la fabrication de vêtements traditionnels.

DATES HISTORIQUES

Du XVe au XVIe siècle : Exploration des territoires nordiques par des navigateurs britanniques en quête du fameux passage du Nord-Ouest (Frobisher, Davis M. Hudson, Baffin, etc.).

1667 : Création de la Compagnie des Commerçants Aventuriers qui deviendra par la suite la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBN.) La vie des Inuits sera irrémédiablement changée. Désormais, on ne chassera plus uniquement pour la subsistance, mais pour fournir des peaux aux traiteurs, en échange de biens précieux comme du thé, de la farine, du tabac, du sucre, des fusils et des vêtements.

Création d’une Direction des services médicaux à l’intérieur du ministère des Affaires indiennes. C’est le début d’une préoccupation officielle du gouvernement fédéral pour la santé des autochtones. Par voie d’un traité, le territoire, actuellement identifié comme Québec nordique, devient propriété de la province de Québec.

Début de l’Eastern Arctic Patrol. Des bateaux comme le RSM Nascopie et le C.G.S.S. Arctic vont ravitailler chaque été les magasins de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Un médecin est ajouté à l’équipage et profite des escales pour donner des soins aux Inuits qui se trouvent sur place. Certains Inuits avec des maladies chroniques sont ramenés au sud pour y être hospitalisés. Ces tournées médicales annuelles vont se faire presque sans interruption jusqu’à ce que des infirmières itinérantes soient embauchées par le gouvernement fédéral pour parcourir les régions nordiques. L’administration des services médicaux des Indiens et des Inuits est transférée au ministère de la Santé nationale et du Bien-être social. Début d’une campagne antituberculeuse systémique menée à l’occasion de la visite médicale annuelle par bateau. C’est à partir de ce moment que des évacuations sont entreprises sur une grande échelle vers des hôpitaux du sud pour des hospitalisations prolongées. On estime qu’au plus fort de cette campagne, un Inuk sur sept fut hospitalisé au sud pour tuberculose.

1948 : Ouverture du premier dispensaire à Inukjuak avec du personnel infirmier permanent. D’autres dispensaires sont construits par la suite à Kuujjuaq (1950) Puvirnituq (1960), Salluit (1961), Kuujjuarapik (1962). Les villages actuels vont graduellement prendre forme, la sédentarisation des Inuits étant favorisée par l’avènement de ces nouveaux services, par un programme de construction d’habitation unifamiliale et par la distribution des prestations sociales. Relocalisation du village Kuujjuaq de Old Chimo au site actuel, ancienne base de l’armée américaine abandonnée après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Premier programme fédéral de logement qu’on appelait match boxes.

Époque du début de la concurrence fédérale-provinciale, particulièrement dans les domaines de l’éducation et de la santé. Des dispensaires sont construits dans les villages où le fédéral n’en a pas installé. Ouverture d’un petit hôpital de 11 lits à Kuujjuaq dans les locaux du pavillon gouvernemental de la province. Une clinique dentaire est installée par la suite. Des visites médicales sont organisées dans les villages de la baie d’Ungava, ainsi que des tournées de radiologies pour le dépistage de la tuberculose.

Signature de la Convention de la baie James et du Nord québécois. L’hôpital de Kuujjuaq demande au Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL), qui reçoit déjà la majorité des patients transférés de l’Ungava, d’augmenter et de diversifier les tournées de spécialistes au Nord. Compte tenu de l’ampleur du développement des services de santé par le gouvernement québécois dans la baie d’Ungava, le fédéral décide de s’en retirer complètement. Formation de 15 infirmières auxiliaires inuites à Kuujjuaq. Municipalisation de la plupart des communautés inuites. Fin de la construction du Centre de Santé Tulattavik de l’Ungava (15 lits soins de courte durée et 10 lits pour longue durée), et déménagement dans le nouvel emplacement. Trois Inuits obtiennent leur diplôme d’infirmières.

RELIGION

C’est vers 1852 que commence l’établissement des missionnaires moraves à Fort Chimo (aujourd’hui Kuujjuaq). Ce sont eux qui ont introduit l’écriture syllabique et qui ont traduit la Bible en Inuktitut. Puis, en 1871, toujours à Fort Chimo, il y a eu l’installation permanente d’une mission catholique et d’une mission anglicane. La majorité des Inuits pratique la religion anglicane. Vous trouverez d’ailleurs une église anglicane dans chaque village. Depuis quelque temps, l’Église pentecôtiste a gagné en popularité. Il n’y a que deux missions catholiques dans le secteur de la baie d’Ungava, une à Kuujjuaq et l’autre à Kangiqsujuaq. Le père Jules Dion o.m.i. de la mission catholique de Kangiqsujuaq effectue régulièrement la tournée de quelques communautés.

ÉDUCATION

C’est en 1948 que l’on ouvre la première école à Inukjuak. À ce moment-là, l’enseignement y était donné uniquement en langue anglaise. Aujourd’hui, la Commission scolaire Kativik est responsable du système d’éducation. Au niveau primaire, les cours de la maternelle, de la 1ère et 2e année sont uniquement dispensés en Inuktitut. Par la suite, on offre l’éducation dans la langue seconde choisie par les parents (anglais ou français). Au niveau secondaire, on offre jusqu’au secondaire V dans toutes les localités. Pour poursuivre au collège et/ou à l’université, on doit s’inscrire dans les institutions du sud. Le service de l’éducation aux adultes offre aussi une variété de cours tels que l’initiation au travail, la coiffure, la traduction, etc.

JUSTICE

Le règlement des litiges se fait de manière différente au Nunavik. Il n’y a pas de tribunal permanent, mais plutôt un système de cour itinérante qui siège dans chaque village à plusieurs reprises au cours de l’année. Il y a un représentant de la couronne (le procureur) et un avocat de la défense (l’aide juridique) qui demeurent en permanence à Kuujjuaq. Tous les services juridiques peuvent donc être obtenus lors du passage de la cour itinérante, que ce soient les procès criminels adultes et mineurs ou les règlements de litiges au niveau civil.

SÉCURITÉ PUBLIQUE

Le Corps de Police régional Kativik (CPRK) est l’organisme responsable de l’application de la loi à la grandeur du territoire du Nunavik. Il y a un poste de police dans chacun des quatorze (14) villages et le quartier général est situé à Kuujjuaq. Il y a un minimum de deux policiers par village et chacun des postes de police est muni de cellules de détention. La Sûreté du Québec est aussi présente sur le territoire et leur quartier général est situé à Kuujjuaq. Les membres de la Sûreté ont le mandat d’appliquer les règlements provinciaux en plus d’assister le CPRK lors d’événements majeurs.

Photo Kuujjuaq vue du Radar

Photo Kuujjuaq vue du Radar